Black City Parade (2013)

Avec Black City Parade, troisième single extrait de son album éponyme, paru le 11 février 2013, Indochine a souhaité ouvrir son esthétisme visuel à une personne totalement extérieure au groupe, tout en y conservant son identité propre, d’une manière assez subtile.

Richard Kern, le réalisateur du clip est surtout connu pour son travail autour de la pornographie et de l’érotisme.

L’on dit même que l’américain est l’un des instigateurs principaux du désormais, très largement diffusé, mouvement que l’on nomme le « porno-chic », qui s’apparenterait à un travail très sophistiqué au cœur de la matière concernée. L’apparition de cette tendance n’a pu qu’être renforcée du fait du développement des codes de la pornographie dans la photographie et la publicité, deux pratiques hyper-utilisées dans notre sphère pop-culturelle moderne.

Richard Kern est d’ailleurs devenu un photographe reconnu à New York, son principal lieu de travail et de vie.

Sur la base de ce rapide constat, nous aurions pu nous attendre à un clip assez marqué et très explicite, plongeant Indochine au cœur d’une « Black Pussy Parade », certes chic mais assez trash.

Rassurez-vous, ou pas, rien de tout cela.

Bien sûr, la touche « Kern » est palpable, à travers les images et les prises de vue diffusées, tout au long du court métrage, qui regroupe en fait les morceaux Black Ouverture et Black City Parade. En effet, des allusions, plus ou moins explicites, peuvent être rattachées au sexe.

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Un désir naissant, affiché et incarné par ces jeunes filles pourrait d’ailleurs s’apparenter à un éclat de vie et d’énergie, comparable au sexe. La façon de filmer les courbes et les fesses impriment une forte sensualité au film, mais ce qui ressort avant tout, c’est aussi ce côté, « sauveur » de ces anges, marquées par une beauté, comme des comètes dans un ciel noir, que l’on remarque forcément, qui attirent l’œil et qui laissent une trace positive…

Mais Kern ne cherche jamais à échauffer nos sens, ni jamais à provoquer ou à choquer. Au contraire. Ces filles apparaissent principalement sous une dimension humaine et non pas comme des « objets sexuels ».

En effet, le message d’Indochine, à travers le travail de Kern, semble être teinté de bienveillance et de solidarité.

Le paroxysme de cette idée est illustré par l’intervention de la jeune femme auprès de la personne qui est allongée sur le trottoir, quand Nicola élève la voix sur ses « I’ve got a way to me ».

Certes, on peut remarquer que cette personne ne paraît pas très crédible en tant que sans-abri (peut-être une récurrence de la réalisation américaine), mais on peut aussi imaginer qu’il s’agit d’une personne qu’elle connaît, qu’elle a fréquenté, qui dort dans la rue depuis peu et qu’elle vient retrouver et « enlever la nuit »…

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Et si cette virée nocturne incarnée par l’ensemble de ces « Anges salvateurs » était une déclaration d’amour envers autrui, à travers la « parade de la comédie humaine » ambiante ? Le début du clip est très captivant, calqué sur les paroles sombres de Black Ouverture, mais l’évolution du clip dissipe rapidement l’impression initiale.

Le décor du clip, tourné en plein New York, peut paraître très surprenant pour Indochine, mais à y regarder de plus près, cela colle parfaitement avec le thème de l’album, à savoir la parade de la ville noire et ce parallèle très bouleversant des millions de vies et de sortes d’existence qui cohabitent, sans jamais se côtoyer, qui se regardent sans se voir, qui s’entendent mais restent sourds, qui se sentent mais s’ignorent…

Nicola a souvent évoqué cet immense paradoxe de vies qui peut exister dans une mégapole, entre un couple qui peut faire l’amour à un étage et une personne qui peut se faire tuer dans la rue voisine, entre les naissances et les meurtres, les chocs de vies, de culture, entre la mort et la vie, l’obscurité et la lumière, le jour et la nuit, la violence et la tendresse…

Dans le clip, les filles sont amenées à croiser un personnage « fou », des gens violents, mais aussi une petite fille adorable, une grand-mère attentionnée. En somme, de nombreux dangers potentiels liés à une virée nocturne sont représentés, ce qui peut constituer un point central d’inspiration de cette « Black City Parade« . La vie est un risque, cette parade en est l’illustration parfaite et dégage une palette émotionnelle importante, à travers une « simple » parade nocturne.

Finalement, le clip peut dérouter de prime abord, mais le côté juvénile et très « innocent » colle malgré tout avec l’imagerie du groupe.

L’intégralité du clip est tournée au ralenti alors que le rythme de la chanson est assez soutenu. Cela étant, les images sont en perpétuel mouvement, à travers des travellings vues depuis un skate ou un vélo.

Nous sommes embarqués dans une quête incessante, vers un objectif peut-être impossible à atteindre mais que l’on chercherait sans relâche. Ces mouvements renforcent également une impression de flottement, comme si nous étions en apesanteur.

Cet effet peut d’ailleurs installer l’impression d’une réminiscence, d’un souvenir qui serait illustré par un ralenti perpétuel et infini. Indochine aime jouer avec les lois du temps et des repères spatio-temporels.

De plus, le ralenti permet au réalisateur d’insister sur les actions de ces « Anges », des marches qui ne paraissent rien, si ce n’est banales, mais qui changent notre perception d’un moment vécu, qui renforcent l’émotion du moment, des visages, des postures, des personnes…

Cette utilisation peut être considérée comme abusive, on pourrait lui reprocher de faire perdre au clip le rythme dont il aurait besoin, et la mise en image du même morceau aurait tout aussi bien pu s’imaginer à partir d’une toute autre approche, habitée d’un véritable rythme. Mais il semble que le réalisateur ait souhaité insister sur l’idée que nous pourrions être dans une sphère « hors du temps ».

D’ailleurs, les filles déambulant dans la rue sont-elles réelles ?

Elles semblent être à la fois des Anges qui insufflent la joie de vivre là où elles passent, elles apaisent leur environnement et semblent, en même temps, s’en imprégner. La multiplicité des points de vue insisterait presque sur l’idée qu’elles saisissent des bribes de vies, des instants, des émotions. Un peu comme Nicola qui saisit des bribes de ce qu’il voit, entend, lit pour écrire des chansons, des moments de vies.

Les filles seraient l’incarnation du poète qui est à la fois acteur discret et spectateur attentif.

Plusieurs scènes du clip illustrent des instants de tendresse et de câlins entremêlées de scène de « disputes » ou de comportement relativement agressifs, ce que le sentiment amoureux, protéiforme, peut aisément engendrer.

L’album et le clip se nomment littéralement « Parade de la ville noire » mais, de l’aveu même de Nicola, les images véhiculées par l’imagerie de cet opus sont lumineuses et assez positives. L’espoir est présent dans cet album et dans le clip. La lumière est présente également au sens propre du terme.

Ce clip représente le thème principal de l’album, de ces émotions captées pendant l’enregistrement de cet album, au milieu de la « parade de la comédie humaine » où dans les villes, tout est séparé, cadré, mais en même temps tout le monde se côtoie.

Ce clip est finalement très humain, très beau, et donne à voir des élans de solidarité, ce qui peut, sous certains aspects, fortement contraster avec ce qu’entendait dénoncer le clip précédent du groupe, College Boy, pour toutes les raisons que l’on connaît. Il ne s’agit que d’un contrepoint, car ici, nous sommes presque dans l’exagération de la philanthropie.

Il ne faut pas oublier que le morceau est, avant tout, bon et bien produit.  La fille qui danse avec son casque peut aussi nous inciter à penser qu’Indo, c’est avant tout de la bonne musique et qu’elle transmet toutes ces émotions positives, surtout avec ce titre « échappatoire » et « défouloir ».

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La présence des ados et leurs destins croisés, de ces « Black City Parade » toutes liées dans un même but mais incarné par différentes personnes est le point de reconnaissance d’Indochine dans ce clip.

Ce dernier n’est d’ailleurs pas sans rappeler celui d’Alice & June, mais avec davantage de maturité, de calme et bien sûr, dans un rythme beaucoup moins soutenu. Mais le mouvement existe néanmoins et il en ressort une impression de quête, certes moins effrénée et urgente, mais toujours vers un espoir, un sens, une quiétude, qu’un vide sensoriel peut créer et animer. L’expression d’un morceau de vie indochinoise, en somme.

La fin du clip

La fin du film est très lumineuse, la fille « principale » affiche une mine réjouie, avec un regard direct et dirigé vers la lumière, qui nous sort doucement mais sûrement de l’obscurité d’une nuit de parade semée d’embuches et de sentiments parfois contradictoires, comme nous, les humains.

Les personnages semblent arriver à un but final, mais on ne sait pas lequel. Serait-ce une figure récurrente des clips du groupe ?

Dans le clip d’Alice & June, les protagonistes achevaient leurs courses effrénées au petit matin, en pleine nature, contemplant également l’horizon, le soleil qui se lève…

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Conclusion

Indochine n’était pas forcément attendu dans un tel registre, et encore moins avec un tel réalisateur. Celui-ci insuffle une imagerie forcément très « américanisée », mais qui, finalement, illustre bien cette parade artistique indochinoise, ce voyage au sein des différentes villes qu’Indochine a traversé, telle une comète ou un…météore.

Ainsi, le clip n’a peut-être pas fait l’unanimité chez les fans, car il s’éloigne beaucoup de l’imagerie « habituelle » du groupe, mais il faut parfois savoir sortir des sentiers battus.

Vincent LALLIER et Guillaume TILLEAU

Titre original et réalisation : Black City Parade, Richard Kern
Date de sortie d’origine : Septembre 2013
Durée : 6 minutes et 28 secondes
Album : Black City Parade (2013)
Artiste : Indochine
Label : Arista (P) 2013 pour Sony Music Entertainment France (C)

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