Black City Parade : les morceaux

Black Ouverture

« Nos maîtres sont morts, et nous sommes seuls. Notre génération n’est plus une génération, mais ce qui reste, le rebut et le coupon d’une génération qui promettait, hélas, plus qu’aucune autre. Tout au monde est désaxé, tout.  Et nous, enfants gâtés pour le plaisir du soir, la douceur des lampes, le crépuscule qui fond les contours, nous voici en pleine apocalypse. Nous aimons tout ce qui finit et tout ce qui meurt. Voilà pourquoi, sans doute, tous nos amis sont morts. Notre faute est d’y survivre… »

Black City Parade, le nouvel opus d’Indochine est ouvert somptueusement par la voix de Valérie Rouzeau lisant un texte de Mireille Havet, extrait de son Journal 1919-1924, sur un son très noisy et très électro, concocté par Monsieur Oli de Sat, instillant dès les premières notes, une écoute des plus attentives et transcendante, que l’on pouvait déjà imaginer, sans être visionnaire d’Indochine, comme une intro live ultra efficace ! Un son qui fait monter la pression comme il le faut, comme Indo sait si bien le faire pour s’annoncer sur scène.

poetic1Mireille Havet

C’est donc Valérie Rouzeau, poétesse talentueuse et récemment récompensée par le prix Guillaume-Apollinaire en 2012 pour son recueil Vrouz, qui fait la lecture. C’est une franche réussite.

Il faut dire qu’elle n’en est pas à son coup d’essai en matière de lecture, surtout publique.

Sa voix, posée et sensuelle nous embarque dans les arcanes d’un album que l’on devine comme très étudié, tout en conservant cet instinct de composition très spontané propre au duo formé par Oli et Nicola.

Valérie Rouzeau n’est pas une inconnue pour le groupe, on sait qu’elle avait déjà collaboré avec lui, sur l’album Paradize (2002), en signant les paroles de Comateen II, puis sur l’album Alice & June (2005),  avec celles de Ladyboy (co-écrites avec Nicola) et de Tallula, balade rêveuse magnifique…

Cette ouverture noire, par des sonorités vrombissantes, planantes, comme si l’on survolait cette ville noire imaginaire avant d’y entrer de manière percutante illustre parfaitement ce recueil divers d’une parade urbaine lumineusement sombre et habitée d’une réelle emprunte indochinoise. Le montage de la photo pour la pochette de l’album prouve très bien cela également.

Au fil de la lecture, la voix semble se démultiplier, perdre de son intelligibilité pour finir sur la dernière phrase, claire et limpide : « Notre faute est d’y survivre… ».

Ce procédé de mixage nous donne un indice extrêmement fort sur la « thématique » urbaine de l’album. La cacophonie d’une mégalopole peut cotôyer un silence de mort, et c’est tout un paradoxe humain qui est mis en avant : « C’est la parade de la comédie humaine… ».

Les illusions et les désillusions, l’amour et la haine, le bonheur et le malheur, la violence et la douceur, le bruit et le silence, le beau et le sale, le jour et la nuit, la mort et la vie, le vide et la saturation, la lumière et le noir : Tout cohabite, tout est lié, entremêlé.

La force d’un sentiment, d’une impression, d’un ressenti.

Cette introduction ne constitue-t-elle pas, par excellence, ce que le groupe a pu capter de l’essence de ses multiples voyages durant la composition de l’album ?

Vale-rie-Rouzeau.jpg Valérie Rouzeau

De plus, le texte dicté par Valérie Rouzeau, écrit en 1922 semble être plus que jamais d’actualité. Pessimiste, il sonne comme l’annonce d’un paradoxe brutal mais évident pour un album, finalement moins pessimiste que ne le laisse percevoir cette introduction. L’intro expose un fait, presque une fatalité à laquelle l’album semble apporter des pistes, des réponses. En effet, la chanson suivante emploie le temps futur, avec des désirs de vie très forts, d’échappatoire brûlant…

Black City Parade

Riff énorme de guitare, la couleur est vite annoncée. L’un des morceaux les plus emblématiques de l’album est en marche. Il prête même son nom à l’album. C’est un excellent résumé de ce que peut mettre en avant cette « parade de la ville noire ». Ce qu’on peut y trouver, y vivre, y saigner, y prendre, y laisser…

Ce deuxième morceau est dans la continuité de l’ouverture, il s’agit de son prolongement, presque de sa réponse comme nous l’évoquions plus haut. La transition avec l’intro se fait par des sonorités puissantes, très rocks, presque dans la lignée de compositions antérieures tout en mêlant des sonorités (et c’est aussi tout l’intérêt et l’innovation du titre) extrêmement « pop », voire funck et électro. Un savant mélange qu’indo n’avait jamais osé explorer jusqu’ici. Le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est délectable !

La lourdeur du riff et de la basse nous promet de belles heures en concert…

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Les arrangements font le reste, le texte aussi, très efficace, très imaginé « Je reste de glace froid, comme un Tank… ». L’action, la peur et l’adrénaline sont au centre d’un développement très réussi, l’existence, la vie. « Mes pieds vont casser la vitrine ». La violence peut se deviner. Le tout jusqu’au coup de grâce : le refrain implacable.

L’évidence même. C’est ce qui s’impose à l’oreille dès la première écoute : « I’ve got a way to see, I’ve got a way to me… ».

Le choix de l’Anglais est pertinent et se révèle d’une fluidité ultra efficace et ça tourne en boucle dans l’esprit de nous autres, auditeurs déjà séduits et envoûtés par un tel effort.

La force du morceau est de faire danser mais aussi de nous faire réfléchir sur l’état d’un monde trop fou, trop violent et trop écrasant…

La bulle indochinoise se repère aussi assez distinctement lorsque Nicola chante « Alors je sens ta peau ton corps et toi, Voilà nous resterons nus contre un monde défait ». Oui, l’instinct protecteur du chanteur est présent, presqu’inconscient ? Oui, le texte est bon, parce que jamais trop facile et inutile. Il est parfois même délicieux, au goût de sublime : « Tes empires ont glissé sans retenir, Je rentre dans ta vie comme la nuit ».

La prise de conscience toujours plus prononcée d’un monde difficile nous éduque encore plus sur l’état de nos chairs, de nos âmes tout en nous laissant bercer, parce qu’hypnotisés par l’atmosphère jouissive mais triste qu’aime à nous faire ressentir Indochine.

« On s’aura s’enfuir… » d’un monde qui laisse quand même de grandes sueurs froides et que l’on cherche à fuir, à éviter, comme pour mieux s’épanouir ailleurs.

Ah ton visage, nos visages
Une parade et puis s’en va
Je ne sais pas, je ne sais pas
Où l’on va mais on y va !

Ce morceau pourrait s’habiller d’une dimension supplémentaire au volant d’une voiture, en pleine nuit, au milieu d’une mégapole urbaine. Se laisser guider, surprendre, avec le goût d’un risque et d’une insécurité pour un voyage désorganisé mais tellement vivant.

Dans le contexte de l’album et du groupe, ces quelques mots résument bien l’état dans lequel les membres se sont retrouvés, en travaillant sur cet opus. On part de rien, on avance, mais on ne sait pas où cela nous mènera. Peut-être un stimulant indispensable à la création de quelque chose d’inattendu pour Indochine ?

On retrouve là un titre pouvant évoquer Marilyn, une chanson « de vie » qui semble donner de l’espoir malgré sa noirceur intrinsèque.

Ici, nous sommes dans une logique d’ouverture d’album, d’élan qu’on ne peut stopper et qui va tout emporter sur son passage, comme le Black City Tour ?

Vincent LALLIER & Guillaume TILLEAU

Titre original et réalisation : Black Ouverture et Black City Parade, Mireille Havet, Nicola Sirkis & oLi dE SaT
Date de sortie d’origine : Février 2013
Durée : 6 minutes et 24 secondes
Album : Black City Parade (2013)
Artiste : Indochine
Label : Arista (P) 2013 pour Sony Music Entertainment France (C)

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