College Boy (2013)

Mise au point

On peut dire beaucoup de choses sur Indochine mais ce groupe n’a jamais eu pour but d’attiser la haine ou de glorifier la violence.

Faut-il le préciser ? Ce clip n’a pas pour but de valoriser les actes de violence à l’école ou dans les médias.

Indochine veut marquer les esprits pour atteindre davantage de tolérance

Certes, Indochine n’a rien inventé mais le groupe a souhaité exprimer une réalité douloureuse, implacable, intolérable qui semble (re)faire surface au sein d’une France divisée par les débats actuels.

Il faut parfois situer le curseur au centre des regards afin de mettre en lumière ce qui ne peut être davantage tu. Lorsque la situation l’exige, il ne faut plus se voiler la face et il faut affronter la dure réalité d’une violence devenue de plus en plus banale, froide et mise en spectacle sur la Toile, par les propres acteurs eux-mêmes, par des témoins devenus esclaves d’une effroyable vérité et qui devient presque fictive lorsqu’on la filme sur son petit écran, comme pour nier la violence d’une scène à peine croyable.

Trop de personnes refusent de se confronter au problème, le clip ne démontre que trop bien ce phénomène à travers les yeux bandés des acteurs. Le propos n’est-il pas avant tout de montrer que le monde ne tourne pas rond, que la banalisation de la violence fait rage et que si personne n’ouvre les yeux, elle peut atteindre un point de non-retour ?

Faut-il censurer ce clip ?

Soyons prudents, ces images ne doivent pas être diffusées à la portée de toute personne, surtout les plus jeunes et les plus sensibles. Ce clip n’est pas fait pour les enfants non plus, c’est une évidence.

Par conséquent, il faut adapter les horaires de diffusion sur les chaînes de télévision. Cela paraît tout à fait logique. Alors oui, le CSA tient à limiter la diffusion de ce clip et il ne faut pas oublier que cette institution répond à des critères codifiés en terme de violence dans les images, mais elle n’est pas censée remettre en cause la légitimité du clip. L’idée de diffuser le clip aux heures de grande écoute pose forcément problème mais ce n’est pas vraiment le débat finalement.

De plus, quelle importance cela peut-il avoir quand on sait qu’aujourd’hui la consultation de contenus audiovisuels se fait avant tout sur les réseaux du Web ? Finalement, il est plausible que la censure du CSA n’entraîne pas autre chose que davantage de publicité au clip.

En revanche, ce qui semble poser problème, ce sont les raisons et les postures « personnelles » adoptées par certains membres du CSA. Il ne faudrait pas tout mélanger.

Bien sûr, le CSA va jouer son rôle et va censurer. On n’attendait pas autre chose de sa part finalement. Mais, s’ils ne sont pas là pour « philosopher » comme ils l’ont précisé, nous sommes là pour le faire un peu.

Faut-il juste indiquer qu’il serait dommage que cette institution ne comprenne pas la portée du clip et se maintienne elle-même un bandeau sur les yeux. La négation de la violence ne l’anéantit pas pour autant.

Il est clair qu’Indochine n’a absolument pas besoin de faire du « buzz » aujourd’hui. Ceux qui prétendent que ce groupe veut uniquement faire parler de lui à travers la mise en avant d’un tel sujet ne connaissent rien à l’intégrité et à l’histoire de ce groupe.

Cela fait maintenant trente ans qu’Indochine dénonce les actes intolérants envers autrui, s’engage en faveur de la tolérance et c’est très mal connaître le groupe que d’affirmer que c’est juste pour faire le « buzz ». Forcément, la démarche est orchestrée pour que le choc de conscience opère et qu’on parle du fond des sujets mais installer l’idée qu’Indochine a simplement agi dans un but commercial est aberrant.

Interdire le clip aux moins de 18 ans ? Le fait même d’y penser est stupide et inutile.

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Il n’est point utile d’en appeler à une quelconque censure généralisée dans la mesure où celle-ci n’aurait d’autre but que de faire passer le groupe pour ce qu’il n’a jamais été et ne sera jamais. Indochine ne fait pas non plus de politique, faut-il le rappeler.

Indo fait avant tout de la musique et veut se servir de sa notoriété pour faire avancer certaines causes qui lui tiennent à cœur, pour éduquer et réveiller les consciences. Mais la démarche reste, encore et toujours, artistique.

Comme le disait encore récemment Olivier Gérard, membre d’Indochine, il n’y a que dans l’art que la liberté peut véritablement s’exprimer. Laissons au groupe la liberté d’exprimer son Art, sa musique et d’en dénoncer les causes sous-jacentes.

Avec le clip de College Boy, Indo fait parler la poudre parce qu’il en a ressenti le besoin, parce que la différence pointée du doigt est peut-être un sujet particulièrement sensible à l’heure actuelle, dans notre société.

Cette société où certaines catégories de personnes sont privées de droits fondamentaux parce qu’elles sont différentes.

Le temps passe et certaines différences deviennent de moins en moins acceptables.

Il faut les reconnaître et arrêter de les nier.

La force de cette chanson, de ce clip, est d’être en adéquation parfaite avec le thème favori et récurrent du groupe. Le rejet d’une minorité par une majorité – forcément – dominante. Ce clip et cette chanson arrivent au bon moment, via ce groupe qui évoque ce thème depuis plus de 30 ans. L’adéquation parfaite en somme.

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Juste une illustration

Qui pourrait penser que les campagnes télévisées, assez explicites dans leur contenu, visant à sensibiliser les gens au sujet de la violence routière s’inscrirait dans le but de vanter les mauvais comportements au volant ? Personne.

Pour Indochine, c’est la même chose.

N.B : Nous avons écrit cette comparaison avec la violence routière avant même de savoir que Nicola en avait parlé !

Dont Acte.

Analyse

Cadre noir et blanc, silence très pesant. Le calme avant l’explosion d’une tempête comme Indochine n’en a sans doute jamais montré dans un clip.

Oui, c’est accablant. Oui, c’est violent. Oui, c’est dérangeant. Non, ce n’est pas du vent…

D’emblée, l’esthétique du noir et blanc s’est imposée comme une évidence. Elle peut sembler aussi donner plusieurs orientations à la mise en scène et son élaboration.

Ce qui frappe dès le premier plan, c’est l’utilisation d’un format 1/1 pour le tournage. A l’heure où nos télévisions ont adoptés le format 16/9 pour offrir un grand spectacle et pouvoir transporter le spectateur « comme s’il était au cinéma », Xavier Dolan fait le choix original et suffisamment rare pour être souligné, de ce format 1/1. Pourquoi ce choix ? Dolan est justement cinéaste et l’utilisation de ce format renvoie à une ambiance plus documentaire, presque plus réelle pour montrer qu’ici, ce n’est pas du grand spectacle. Cela donne un côté authentique et intimiste, cela permet de se rapprocher des personnages, nous sommes presque dans un format portrait.

Il est important de noter que le précédent long métrage de Xavier Dolan (Laurence Anyways, 2012) a été tourné en 4/3, comme pour donner une touche visuelle très 90’s et pour resserrer les limites du cadre, insister sur les liens physiques entre les personnages et forcer le spectateur à se focaliser sur l’action. Le 4/3, pour des jeunes spectateurs peut être un format presque dérangeant car différent de ce qu’il peut voir habituellement, et cette différence se cultive également dans la construction très géométrique de l’image.

Le clip constitue-t-il une œuvre posthume réalisée au sujet du héros déchiré ? S’agit-il d’une imagination fictive et rêvée de ce même héros pour enfin sortir de son mal-être et le hurler aux oreilles de tous ? S’agit-il d’une vidéo retraçant l’exacte réalité d’une école meurtrie par de tels actes ?

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La souffrance du héros est palpable, à chaque plan, chaque scène. L’utilisation des ralentis est présente aussi pour cela, chaque mouvement a son importance et le cinéaste prend le temps de les filmer comme pour accentuer leurs effets.

La solitude du héros prend le pas sur sa faculté à vivre chaque évènement de sa vie. Sa différence l’étouffe mais il ne sait pas vraiment pourquoi il est traité de la sorte au fond. C’est sans doute le plus triste, le plus dur. Il ne sait pas quoi changer, ni corriger pour être mieux accepté par autrui. Il est juste le bouc émissaire, la victime facile. C’est un engrenage sans fin.

Ici, nous avons la fin. Une fin en tout cas. Ce qui pourrait ou va peut-être se dérouler si rien ne change, si personne ne dit STOP, si personne ne communique, si personne n’agit sur ce problème.

Cette vidéo dénonce une multitude de dysfonctionnements et respire, en même temps, vraiment comme étant du Indochine. C’est, à bien des égards, inédit pour ce groupe.

Peut-être est-ce la première fois qu’il ose dénoncer aussi directement un fait de société, à travers son propre esthétisme et ses propres obsessions. La posture Indochinoise du « vilain petit canard » est ici représentée à son paroxysme.

Peut-on penser qu’une telle violence du propos banalise de tels actes ? Il est difficile d’y croire dans la mesure où il choque véritablement, comme si nous étions gênés d’être témoin de telles scènes. Mais, tout le but est là. Dans ce choc de conscience.

Nous sommes spectateurs impuissants et à la « merci » d’une telle violence, mais elle est le reflet d’une barrière émotionnelle si intense dans notre quotidien ou même dans notre passé. Nous nous sommes tous reconnus à une position dans ce clip : agresseur, agressé, spectateur, adulte impuissant ou parent aveugle…

Ce clip vise avant tout à faire prendre conscience de l’ampleur du drame qui couve parfois dans nos écoles et toutes les dérives, qui peuvent, potentiellement arriver concernant le harcèlement et le rejet que certains peuvent incarner malgré eux…

Bien sûr, il ne faut pas voir ce clip comme étant un reflet exact d’une réalité figée. Peut-on supposer qu’une partie de clip est « rêvée », comme si nous entrions dans les peurs enfouies du jeune garçon, qui vit un enfer quotidien et qui a peur que tout bascule du jour au lendemain, que tout peut arriver, que la dérive n’est jamais très loin… Cette ambiguité entre le rêve et la réalité prend réellement forme lors de la scène du basket. Le héros du clip marque un panier, il sourit, les autres l’acclament, il semble heureux mais finalement se prend un ballon dans la tête, comme un dur retour à la réalité, comme s’il venait de voir une vision rêvée du monde qui l’entoure.

En effet, il est quand même difficile d’imaginer une telle mise en scène se dérouler dans une école avec des armes, un chemin de croix, une torture sans aucune intervention préalable.

Les forces de police ne sont pas des états aussi inactifs et incompétents, faut-il le préciser, même si le clip peut suggérer qu’il est parfois difficile de faire la part des choses dans une relation aussi frontale entre un agresseur et un agressé. La manipulation est aussi un aspect extrêmement douloureux à vivre. L’erreur du policier peut symboliser cette injustice, cette peur de subir « l’erreur judiciaire ».

Mais, s’il n’y avait aucune intervention ? Aucun risque d’impunité ? Jusqu’où pourrait aller un tel acharnement ? C’est ce risque réel qui est mis en image, cette haine sans fondement qui prospère et l’acharnement d’autrui à se taire et à laisser faire qui instille ce doute, cette fébrilité dans nos chairs…

Xavier Dolan, réalisateur du clip, en parle très bien : « Je voulais aller jusqu’au bout non pas pour choquer, mais pour montrer que cette situation est possible parce rien ne l’empêche, explique le cinéaste. La question n’est pas de se demander pourquoi suis-je allé aussi loin mais qu’est-ce qui empêcherait un groupe d’adolescents d’aller aussi loin alors que le lobbying des armes aux Etats-Unis est très puissant. C’est ma vision nord-américaine, mais des gens se font lapider partout. »

Au collège, tout peut arriver si on n’est pas vigilant. Une boulette de papier lancée et aucune réaction ? L’escalade et l’effet de groupe peut très vite dégénérer. Peut-être est-ce un message aux adultes avant tout, qui sont responsables de tous ces manquements éducatifs, de cette violence étouffée.

L’escalade est ici montrée jusqu’au pire : la mise à mort, au passage à l’acte. Ce point de non retour qui crée les conditions d’une horreur qui fera que rien ne sera plus comme avant. Du moins, pour un temps. Car, l’un des points les plus durs du clip pourrait consister à faire croire qu’une telle horreur puisse se passer et que, quand sonne la fin de la récréation, tout redeviendrait normal, comme si rien ne s’était passé.

Dolan explore cette violence mais sans jamais déraper dans l’inutile ou le grossier. Juste la réalité agrémentée de symboles extrêmement forts comme la religion, le chemin de croix d’un jeune garçon qui traîne son fardeau depuis trop longtemps et qui finit par dire « Merci » d’être enfin délivré de ce poids ? De partir loin de tout ça ? Merci d’avoir pris conscience de ces dérives ? Merci de vous sentir un peu coupables ? Merci pour n’avoir rien fait avant et de m’avoir laissé mourir ?

Ce simple mot peut revêtir diverses interprétations, s’adresse-t-il au spectateur ? Parle-t-il pour lui même ? Si tel est le cas, il est à noter que « Mercy » en anglais signifie « pitié ». Peut-être implore-t-il ? Quoi qu’il en soit, il s’exprime face caméra et semble donner le mot de la fin en s’adressant directement au spectateur, comme pour l’éveiller, l’interloquer, le révolter…

Le clip n’a pas besoin de ce mot final pour « choquer » mais cela semble être le coup de grâce, l’image d’une fin très réussie. Une superbe réalisation pour un cinéaste qui n’en finit pas de monter.

L’on ne peut s’empêcher de se demander pourquoi une telle rage ? Pourquoi lui ? Pour quelles raisons ?

Un élément de réponse peut se trouver dans la scène où l’on voit sa mère lui retirer son vernis à ongles lors du dîner, cela peut évoquer subtilement la piste de sa « différence » par rapport à ses camarades de classe. En effet, peu d’adolescents portent du vernis à ongles, ce qui pourrait suggérer aussi son homosexualité.
Or, cela ne peut qu’être une hypothèse dans la mesure où le fait de mettre du vernis à ongles ne signifie pas nécessairement que l’on soit gay. Toujours est-il que cela renforce clairement la fragilité de sa position et de son image vis-à-vis des autres. Le fait que sa famille se moque de lui à cet instant précis et qu’il soit la cible prioritaire de ses camarades ne peut que renforcer son enfermement sur lui-même et son isolement, ce qui laisse entrevoir une issue des plus tragiques et un mal-être insupportable…

Il est ici illustré une mise à mort d’un personnage qui s’est laissé absorber par cet excès d’hostilité et de violence à son égard, mais l’inverse aurait tout aussi bien pu se produire. Peut-être est-ce lui qui aurait pu prendre les armes et tirer sur les autres ou même se suicider…

Toujours est-il que la remise en question est énorme et il ne faut pas la nier. Cette démarche est très présente chez Dolan et Indochine. Il ne faut pas taire des évidences quotidiennes, que tout le monde voit, que tout le monde connaît mais qui ne provoque aucune réaction. Le bandeau sur les yeux est une idée lumineuse et tellement parlante.

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Tout le sens du texte de College Boy peut ici être élevé au rang d’une bataille pour une ode à la tolérance.

C’est ainsi que la force du texte de College Boy peut aussi s’appliquer à des débats très actuels tel que le « mariage pour tous » ou plus largement le harcèlement moral ou sexuel, ou toute hostilité à la différence sans aucun autre fondement que la rage de l’autre, la haine du vilain petit canard.

Les thématiques chères à Indochine sont très présentes, à travers l’adolescence, la violence de la vie, son côté sale et son engagement pour la tolérance.

La violence de la vie est partout, à tout âge. Il faut protéger les jeunes âmes d’un tel fléau mais jusqu’à quel point le pouvons-nous ? Les yeux bandés des personnages du clip sont plus que jamais là pour nous le rappeler. Nous sommes témoins d’une violence, mais aussi témoin d’une époque où tout peut être montré, posté sur Internet en quelques secondes. Le côté « spectacle » est évidemment choquant et il n’est pas nécessaire d’en dire plus. Le clip de Dolan est largement suffisant.

Il est peut-être un peu trop facile de vouloir censurer un clip parce qu’il est violent. Le message du clip est explicite et jamais ambigu. Il dénonce, il ne cautionne pas.

L’empathie avec le héros-victime est immédiate et perpétuelle. L’injustice paraît totale vis-à-vis de ce dernier et une réaction indignée se fait sentir, notamment concernant le sort de l’agresseur.

L’impression que laisse la vision de ce clip est évidemment pesante et impulse une réflexion sur l’état de notre société. Ce clip est fort parce qu’il s’oppose à la facilité, au silence, à l’absence d’intervention…

L’absence de tout son pendant le clip, hormis quelques bribes, notamment lors du repas en famille et le titre phare constitue aussi un indice fort sur l’intensité dramatique qu’a voulu insuffler le réalisateur. Il imprime aussi la marque toujours plus lourde de la solitude supportée par la victime.

De plus, le début du clip est très marquant aussi par son silence et le seul bruit des objets. Tout est pesant, absorbant, inquiétant. Nous sommes plongés dans un vrai court métrage.

Il est toujours plus difficile de s’opposer, s’affirmer, s’insurger contre un état de fait. Dolan le décrit bien et sa démarche transparaît complètement dans le clip : « Pour moi, la société fonctionne selon le concept de la meute. On en fait partie ou pas. Et c’est très difficile de s’y opposer, d’être contre un ensemble de personnes. »

Pour Indochine, ce clip est peut-être la résultante de tout ce qu’a pu vivre ou vit un fan du groupe, dans sa vie. Toute proportion gardée, bien évidemment. C’est aussi en ça que ce film transpire Indochine.

Peut-être existe-t-il cette faille chez la plupart des fans et des sympathisants du groupe, du moins cette sensibilité. Peut-être qu’un jour, nous nous sommes réellement sentis différents, persécutés, paralysés et prisonnier d’un tel état. Il a fallu lutter, apprendre, construire, s’évader, reconstruire, s’enfuir de cette réalité trop difficile à accepter…

La violence est protéiforme, partout, tout le temps.

Il y a les pervers, ceux qui persécutent, qui aiment à tuer la différence et banaliser la violence justement.

Depuis 30 ans, on sait de quel côté se situe Indochine.

Par ailleurs, ce qui peut paraître déroutant ce sont les ingrédients d’une violence générale qui ne nous est pas totalement familière dans son déroulement, notamment à travers l’utilisation des armes.

Nous devinons ici la mise en place d’une violence à connotation davantage Nord-Américaine qu’Européenne, par certains aspects.  Un tel clip serait peut-être perçu différemment outre-Atlantique.

C’est d’ailleurs l’aspect qui peut interpeller le plus dans le déroulement du clip. Peut-être que l’utilisation des armes ou du Taser ne sont pas des éléments qui auraient pu s’inscrire dans un film retraçant de tels évènements dans une cour d’école française.

Passer sous silence les comportements violents et montrer un visage très puritain est également très emprunté à la société Américaine. Des fusillades ou des actes effroyables ont déjà eu lieu là-bas, ce n’est peut-être pas tout à fait par hasard. Les femmes religieuses qui courent paniquées illustrent bien cette idée également.

Pour cette raison, le propos peut paraître parfois, un peu exagéré. Mais, là encore, nous sommes dans une surenchère assumée qui consiste à montrer que nous sommes dans un monde qui marche parfois sur la tête. Le fait que l’agresseur reste totalement libre de ses mouvements en entrant dans sa classe, après avoir agi de la sorte, laisse penser, là encore, que la violence est souvent minimisée par les encadrants et les adultes et qu’elle est le fruit d’une absence d’éducation et de dysfonctionnements de la société, à tous les étages. La démarche semble claire : briser le silence à travers le choc de conscience et l’injustice d’un tel déroulement.

D’ailleurs, le film n’est pas sans rappeler certaines œuvres cinématographiques telles que American History X (1999), violent, noir et blanc et très marquant. La ligne est la même, dénoncer en montrant la réalité de la vie et sa violence.

Mais la comparaison avec ce film est avant tout graphique. En effet, dans ce dernier, le cinéaste Tony Kaye utilise le noir et blanc dans les flash-backs et use de ralentis pour dramatiser certaines actions des personnages. Cette utilisation parfois poussive du ralenti diverge de celle de Dolan, bien plus poétique et sans lourdeur. Dolan ne dramatise rien, il sait apporter deux poids deux mesures à ces images. Finalement cela donne une intensité encore plus forte.

La référence au film Ben X (2007) qui évoque la persécution à l’école peut aussi être pertinente. Ben X narre la vie d’un jeune ado replié sur lui-même, et adepte d’un jeu vidéo en ligne, un être à la limite de l’autisme, différent, qui se replie dans son monde et s’avère être la cible de ses camarades de classe, qui eux aussi, le filment sur leurs téléphones portables. De nombreuses similitudes techniques peuvent également être faites, notamment sur les ralentis et l’isolement du personnage dans le cadre, l’utilisation de la contre-plongée pour filmer les « agresseurs ». Mais aussi l’importance du traitement sonore, très étouffé avec une accentuation sur certains bruits anodins mais suscitant la peur chez le personnage, et donc le spectateur.

Le message est quand même limpide, la violence ne résout rien, elle aggrave tout. Elle ne sert à rien, elle détruit tout. Elle est facile à amorcer, difficile à éteindre. C’est un vrai problème.

Indo a bien cassé la vitrine pour ce clip, et ça fait du bruit.

Tout en mettant en ligne son clip le plus engagé, Indochine vient également proposer une œuvre extrêmement artistique, sublimée par les images de Xavier Dolan, cinéaste qui sonne comme une évidence majeure dans l’esthétique visuelle du groupe.

Peu après la sortie du clip en exclusivité sur le site du Parisien, la vidéo a commencé à « buzzer » sur la Toile, la communauté de fans, les médias, tout le monde a relayé l’info. Xavier Dolan et Indochine ayant atteint le top des tendances mondiales sur Twitter…

Des « journalistes » tels Jean-Marc Morandini et Cyril Hanouna se sont empressés de lancer des débats dans leurs émissions respectives, mais sans jamais aborder le fond du problème.

De même, une profonde méconnaissance de ce que représente Indochine a malheureusement été constatée au sein de ces émissions…

Ce film, d’une beauté esthétique rare, se veut totalement ancré dans une démarche artistique engagée, n’en déplaise au CSA et à certains médias…

Vincent LALLIER et Guillaume TILLEAU

merci à Kévin Thénard pour son interprétation du « merci » final 

Titre original et réalisation : College Boy, Xavier Dolan
Date de sortie d’origine : Mai 2013
Durée : 6 minutes
Album Black City Parade (2013)
Artiste : Indochine
Label : Arista (P) 2013 pour Sony Music Entertainment France (C)   

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