Juste toi et moi (1999)

Juste toi et moi, titre précieux et important pour Indochine. Un morceau marqué par un ensemble d’éléments clés qui caractérise ce groupe et ses sources d’inspirations.

Commercialisé un certain 26 juin 1999, il s’agit du tout premier single extrait de l’album Dancetaria, qui sortira deux mois plus tard.

Indochine présente le désir avoué d’entrer dans la période d’un nouveau siècle, d’une nouvelle ère, d’une nouvelle vie peut-être. Le franchissement des années 2000, cap annoncé par Nicola à l’époque, est amorcé par cette chanson, ce single, Juste toi et moi.

On peut préciser dès maintenant que le choix de ce morceau ne s’est sans doute pas opéré complètement par hasard, lorsque l’on sait que Stéphane, frère jumeau de Nicola et membre historique du groupe, est parti quelques mois auparavant, le 27 février 1999.

Un titre qui résonne, à première vue, comme un hommage à une relation fraternelle et fusionnelle, qui survivra, quoiqu’il arrive, au-delà du XXème siècle, et au-delà des épreuves.

Comme des étoiles (titre maquette choisi par Nicola) qui filent, s’illuminent et laissent une trace dans un ciel semé d’embuches, mais qui gardent une âme, un sentiment, une existence.

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Personne n’aurait misé un centime sur la présence d’Indochine et son gigantesque show rassembleur et humain, au Stade de France, onze ans, jour pour jour, après la sortie du single Juste toi et moi. Très joli clin d’oeil à une date devenue très symbolique pour le groupe, surtout lorsque l’on sait que le 26 juin 2010 rassemblait, au-delà d’une éclipse totale de lune  en Asie (terre de forte inspiration Indochinoise), autant de fans, autant de sentiments, autant d’émotion pour une fête qui a surtout vu un groupe déjouer tous les pronostics depuis qu’il existe.

En marge des symboles et des dates, Indochine entre dans une nouvelle vie, c’est incontestable. Stéphane n’est plus là, mais le groupe, porté par Nicola, veut survivre, à la demande de Stéphane.

L’album que les jumeaux préparaient doit exister. Une période qui marque un changement dans le look, sans conteste plus gothique et sombre. Un virage amorcé par l’influence du rock à ce moment là, qui atteindra une sorte de paroxysme en 2002, avec Paradize. Un concept pop-glam-goth est mis en avant par le groupe. Le tout retravaillé par Indochine, avec les sujets que l’on connaît : Ambiguïté, sexualité, mort, religion, entre autres. Un album charnière pour Indochine, un album central de la trilogie Wax/Dancetaria/Paradize. Un album qui nous plonge surtout dans l’apprentissage de la vie à travers l’exploration sexuelle. Cela en réponse à Wax, qui traite de la naissance de l’être, la découverte du corps, de la sensualité et un côté ultra juvénile et éternel. Puis, Paradize, qui nous fera voyager davantage vers un Paradis, une bulle hermétique, un album qui termine cette trilogie en apothéose…

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Dancetaria, album qui, selon beaucoup de fans demeure le plus abouti, le plus réussi, le plus fort. Peut-être un indice à ce sentiment : Jamais Indo n’a connu un tel rassemblement de talents autour de la création d’un album. Voyez plutôt : Marc Eliard, Boris Jardel, Nicola Sirkis, Stephane Sirkis, Jean-Pierre Pilot, Matthieu Rabatté, et Olivier Gérard déjà présent en tant qu’arrangeur. Sans oublier le travail indispensable des ingénieurs tels que Phil Delire et Gareth Jones.

A partir de cet album, l’instinct de Nicola est peut-être déjà en train de sentir qu’Indochine a trouvé une nouvelle mine d’or artistique afin d’explorer ses thèmes et ses obsessions. Le tout à travers un esthétisme en adéquation presque parfaite avec leur ressenti du moment.

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Le clip, réalisé par Peter Van Huys, tourné dans une station métro de Bruxelles (on sait qu’à l’époque la Belgique a été un refuge des plus importants pour les frères Sirkis), présente un Nicola sans mèche (signe encore marqué par l’époque transitoire que vit le groupe), qui s’avance sur le bord d’un quai, afin d’embarquer dans un métro. Une scène de vie banale, anonyme, et quotidienne pour certains d’entre nous. Une mise en scène se rapprochant beaucoup de la réalité, et qui offre au spectateur et a fortiori au fan une image qu’il reproduit sans doute souvent, à savoir le fait de s’isoler en Indochine pendant la traversée d’un voyage, dans un transport en commun par exemple.
Le clip commence, légèrement flouté et Nicola arrive dans le champ, la mise au point de la caméra se fait, le son fait un petit « saut » avant de se lancer. Il vérifie que ses écouteurs sont bien en place. L’image et le son sont en adéquation, l’action du clip commence alors. Ce n’est pas seulement la musique qui donne cet élan mais la présence cumulée de son chanteur à l’écran.
Ce geste, machinal et connu de tous, permet au téléspectateur de s’identifier rapidement à cette image simple mais forte.

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Cette action traduit un désir de s’enfermer et se protéger d’une réalité, d’un monde trop violent. La scène se déroule le temps d’un voyage, si court et long à la fois. Sans doute ici la volonté de traduire que la vie est courte et qu’elle défile très vite. Sans doute aussi pour signifier que sans l’amour et sans autrui, la vie semble impossible. Autrui est présent dans le clip, même s’il paraît étrangement éteint à certains moments, nous y reviendrons.

Le métro, symbole de rencontres éphémères, représente bien cette routine, cette violence du monde extérieur, mais aussi cette rapidité de la vie et les sentiments qui sont, paradoxalement, très profonds et s’étendent bien au-delà d’un simple voyage. Belle idée d’un paradoxe entre l’ouverture et l’immensité céleste, comme les étoiles, alors que la scène se déroule sous terre, dans un tube en fer, ce qui accentue cette idée d’un étouffement. Puis le paradoxe des rencontres à la fois courtes et longues comme la formation d’un couple qui pourrait durer le temps d’une danse, d’un baiser ou bien durer, le temps d’une vie…

Juste toi et moi évoque parfaitement ce sentiment profond et intime que l’on peut entretenir avec un semblable. Le titre, en lui-même, installe une intimité, une proximité avec celui qui reçoit, entend ou écoute ce morceau. Indochine a toujours su écrire et mettre en jeu cette sincérité du sentiment de proximité avec son public. Un titre habité de sensualité, illustré par le clip et le baiser qu’échangent les protagonistes dans le métro. La place de l’amour dans ce morceau est évidemment essentielle.

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Comment ressentir la vie sans amour ? Comment vibrer sans sentiments qui nous animeraient vis-à-vis d’autrui ? Le manque d’un tel sentiment peut justement entraîner une infinie frustration ou tristesse. Il peut faire infiniment mal également. Mais il est l’un des centres d’intérêts majeurs de nos vies. Il perdure sans doute au delà de nos chairs.

L’amour est plus que jamais présent chez Indochine parce qu’il symbolise la vie, et parce qu’il symbolise ce que l’on peut offrir de meilleur aux autres, tout comme ce que l’on peut offrir de pire, juste par amour. Juste elle et lui, juste elle et elle, juste lui et lui, juste lui et elle, juste toi et moi…

L’amour est aussi un moyen de faire vivre des personnes, au-delà de leur propre existence, de porter, haut et fort leur mémoire. C’est clairement une reproduction mentale liée au décès d’un proche, qui nous pousse à s’évertuer à le garder vivant, et présent. Inutile de dire qu’en continuant ce groupe, Nicola a souhaité prolonger cette idée que Stéphane continuerait à rester présent, quoiqu’il arrive.

Nicola détient un rôle, encore une fois très marqué de celui qui guide, qui protège et donne à aimer. Dans le clip, cela est très explicite. Il est un repère pour la jeune fille, il va l’aider à passer à l’acte et aller vers ce garçon, juste après avoir écouté ses mots, sa voix, sa musique.

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Des hommes vêtus de blancs, qui semblent être des scientifiques, sont assis dans le métro, ils observent la scène tout en prenant des notes. Les scientifiques sont très certainement là pour étudier l’amour. Quel est ce sentiment étrange qui existe pour faire perdurer l’espèce humaine, comment se déclare-t-il ? Comment se manifeste-t-il ?

Ils prennent des notes, étudient les comportements, comme si l’amour était une science. Comme si l’amour avait un sens prédéfini dans l’esprit humain ? Est-il appropriable ? Peut-il se recréer artificiellement à l’aide d’une simple formule chimique ? Leurs ailes d’anges nous évoquent la possibilité d’une présence céleste où ces derniers seraient envoyés depuis un au-delà pour étudier le comportement des humains. Est-ce le fruit de l’imaginaire porté par les personnages et leur mentor, leur témoin, leur guide, Nicola ?

Peut-être pouvons-nous même envisager l’idée que ces anges ne sont pas réels, qu’ils sont du moins invisibles pour ces personnages, et que ces derniers sont observés à leur insu. Peut-être également que Nicola n’est pas présent dans ce métro et qu’il constitue ce guide fictif et purement cérébral d’une fille qui a besoin de se créer son personnage salvateur et protecteur pour affronter la vie, la réalité.

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Métaphore sexuelle du métro qui s’enfonce dans le tunnel, la fascination du couple longue durée chez Nicola, un amour éternel (fantasme au combien rêvé), mais d’un passage éclair sur cette planète, comme des étoiles, référence à la vie après la mort, le rapport à la religion en filigrane, le champ astral, le mouvement des astres (la nuit et le jour, référencé à la vie et la mort…). Corps célestes, considérés par rapport à leur influence sur les hommes et leur destinée. La volonté également de laisser sa propre trace, bien des années après son passage sur la planète Terre.

Peut-être que la vie, l’âme et les sentiments d’un amour si puissant se prolongent au-delà de l’épisode vital et physique d’une vie. Là encore, l’épisode douloureux de la disparition de Stéphane en représente un écho extrêmement fort. Ce fut ensuite une source d’inspiration beaucoup plus directe et personnelle de la part de Nicola dans Indochine.

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Dans le clip, la fille vient vers Nicola, écoute ses mots chantés, puis se dirige vers le jeune homme. Ils se regardent, s’appréhendent, se découvrent. L’idée de Nicola, en tant que guide, en tant que « cause » et en tant qu’élément déclencheur à l’amour à travers la diffusion de sa musique est mise en images d’une manière simple : « le raccord dans l’axe ».
On voit d’abord le jeune homme, esseulé parmi la foule anonyme, puis la fille écoute la musique, qu’elle partage intimement avec le chanteur. Cela aura pour conséquence celle de voir le jeune homme d’une autre manière. Ce dernier est cadré en gardant le même axe de caméra, mais cette dernière est plus proche de lui, pour signifier par un jeu de montage qu’il commence à « ressortir » et à se distinguer visuellement de la masse.

Lorsque le jeune couple s’embrasse, le temps semble se figer. Le métro évoquait la crainte que cette histoire d’amour ultra-rapide pouvait s’arrêter d’une « station à l’autre ». Cette idée était mise en images par la succession rapide de plans et par la mise en évidence du métro qui roule, qui avance, tout en mouvement. Lors du long plan où le couple s’embrasse, le mouvement se situe dans le plan lui même et non plus dans la succession de ces derniers.

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La symbolique de l’homme qui entre dans le métro à ce moment là et perturbe tout est extrêmement forte. Elle crée un obstacle dans leur lien, leur intimité. Comme la vie peut créer des tas de circonstances qui font obstacle à nombres de situations…Mais paradoxalement cet élément perturbateur déclenche le rapprochement des deux êtres, comme si le lien qui les unissait était plus fort, plus grand que cet obstacle. Puis, ils s’embrassent…quel meilleur symbole que celui du baiser pour extérioriser sa flamme, son attirance ou son affection envers autrui ?

Indochine est sensuel, Indochine est sensoriel…La mécanique du Baiser est très étudiée chez Indochine. Cet élément porte même le nom d’un album paru en 1990. On sent qu’une grande part des sentiments et des attitudes reproduites dans les textes du groupe ou dans ses clips n’est pas le fruit d’une conscience réfléchie chez Indochine mais plutôt le résultat d’un instinct, d’un ressenti illustré par une envie, une passion, une folie. Tout est ici enchaîné, sans véritable lien, sans véritable cohérence mais tout est réel et relatif à une vie, une existence, aussi confuse et chaotique soit-elle.

Ce sentiment se retrouve dans la construction du récit dans le clip. Chaque personnage est au départ isolé, et le spectateur est perdu dans cet espace clos. On ne sait pas réellement où se situent les personnages les uns par rapports aux autres. Malgré ça, le jeune couple finit par se réunir en fin de clip (grâce à Nicola et sa musique ?) et finit par s’embrasser langoureusement lors d’un long plan qui arrive comme une rupture dans la réalisation du clip. Preuve une fois de plus que l’amour est plus fort que tout.

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Hommage à un Nicola « créateur d’amour », sorte de messager de paix et d’amour, hommage au groupe mythique ou « meetic », car de nombreux couples existent grâce à Indo…

L’ambiance est éteinte dans le métro, comme si les gens vivaient en étant déjà morts, sans âme, sans couleurs, sans sentiments. L’homme peut parfois se perdre, s’éteindre car inhabité de sentiments, vide d’émotions…

Visuellement, c’est le début d’une période, en tout cas d’une esthétique plus noire et gothique chez Indochine. « Nous resterons si pâles », « Aimer la pluie et les fleurs noires ». L’apparition, toujours plus prononcée, d’un mal-être qui serait des plus douloureux, surtout à la période compliquée mais sans doute très marquante de l’adolescence.

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La musique, l’amour, réveillent des sentiments, car le jeune homme semble perdu, isolé, éteint jusqu’à ce que la fille l’aborde. Mais la vie est vide de sens, le métro s’arrête, la fille part, elle s’éloigne, reviendra-t-elle ? Se reverront-ils ? Le jeune homme s’éteint à nouveau, la vie devient mort…

Le désir d’appartenir à l’autre pour toujours est un sentiment puissant qui habite l’esprit humain, celui d’un individu amoureux, qui vit pour cette quête. Juste toi et moi, envers et contre tout, contre le monde qui est sale et moche, comme pour se rassurer, pour donner un sens à cette existence, à cette souffrance. La bulle d’Indochine est plus que jamais ce recours, cet abri. Comme pour se protéger, car l’intimité fait vibrer les humains, crée cette chaleur dont ils ont besoin. Mais l’amour est comme toutes les passions et addictions. C’est un champ de mine, c’est un nuage de larmes en puissance. C’est une prise de risque quasi mortelle mais nécessairement vitale ! C’est l’envie de toucher le soleil en prenant le risque de se brûler les ailes, et le corps, et consumer sa vie…La passion reste une drogue psychique avec tous les aléas qu’elle comporte, toute cette fulgurance cardiaque chargée et saturée de sang, plus rouge que la passion, plus noire que le désespoir.

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Les cygnes, symbole d’un couple très fort, toujours ensemble, des gens qui ne se séparent jamais. Un amour de 70 ans, un tourbillon sentimental, parfum d’une douleur profonde, irraisonnée, presqu’instinctive « si, je ne reviens pas, alors jure le moi, tu me tueras ». Et en même temps, l’amertume d’une vie trop dure et sale : « Plonger nos corps dans les eaux noires, rêver nos vies sans trop y croire ». Le tout encadré par le signe d’un cygne, jeu de mot glissé dans le texte, porté par l’utilisation du « nous » de la part de Nicola, qui accentue cette impression intime et cette vision de la vie abordée par un couple, non plus « je » mais « nous » ou « on ».

Les traces d’un amour fort mais aussi peut-être douloureux, sale, pâle, mal…

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L’état d’un métal froid, dur, sans vie et inerte mais l’union demeure la solution la moins pire, même si autrui reste le sujet le plus à même de nous détruire…

Il s’agit d’un texte composé à partir d’un thème typiquement classique : l’amour. Mais justement Indochine ne l’aborde pas du tout de la même façon qu’un artiste dit de « variété française ». On reproche souvent à Indochine d’osciller entre variété française et pop/rock mais je crois que cette thématique, bien que traitée en variété, n’est pas abordée du tout de la même façon ici, démontrant bien qu’Indochine est un groupe davantage rock dans sa démarche.

Le groupe a clairement une approche plus sale, plus sexuelle, plus réaliste, plus douloureuse et taillée sur le vif par rapport à un son de cloche plus mièvre et cliché sur l’amour : Les thèmes sont très parlants pour Indo, sa vision et son approche rock : Sexe, drogue, religion, mal être, la mort…  « Juste toi et moi, un peu trop sales ».

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Titre au combien bouleversant, émouvant, renversant, mystérieux, comme les étoiles…

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Guillaume TILLEAU et Vincent LALLIER

Titre original et réalisation : Juste toi et moi, Peter Van Huys
Date de sortie d’origine : Juin 1999
Durée : 3 minutes et 49 secondes
Album : Dancetaria (1999)
Artiste : Indochine
Label : Double T Music (P) 1999 pour Sony Music Entertainment (C)

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